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PRURIT

Introduction

Le prurit est une sensation déplaisante de démangeaison de la peau (ou des muqueuses) qui provoque le désir de se gratter. Il peut n’intéresser qu’une surface limitée de la peau ou être généralisé.

Un nombre important d’affections dermatologiques ou systémiques et de médicaments peuvent entraîner un prurit. Il peut également être d’origine neuropathique et comporter une dimension psychologique. La prévalence augmente avec l’âge et son origine est souvent multifactorielle. Il est souvent plus intense la nuit et se majore avec la déshydratation, la chaleur et l’anxiété. Un cercle vicieux « prurit-grattage-prurit » peut rapidement s’installer.

Le prurit n’est pas le symptôme le plus commun rapporté en soins palliatifs, mais il entraîne de l’inconfort, perturbe le sommeil, engendre de l’anxiété et retentit sur la qualité de vie. La peau prurigineuse est généralement sèche et les lésions de grattage peuvent provoquer des infections, une lichénification, etc.

La physiopathologie du prurit est complexe, mais il est important d’en tenir compte, car elle oriente le choix thérapeutique. À titre d’exemple, l’utilisation d’un antihistaminique est intéressante dans un prurit provoqué par une libération d’histamine, mais est peu utile dans un prurit impliquant une cholestase ou une insuffisance rénale.

Évaluation

L’objectif de l’évaluation est d’identifier la (les) cause(s) du prurit ainsi que ses répercussions sur la qualité de vie.

Il convient de/d’ :

• Faire une anamnèse pour déterminer la localisation et l’étendue du prurit, le moment où le symptôme s’est déclaré et son évolution dans le temps; noter les facteurs aggravant ou améliorant le prurit.

• Interroger le patient quant aux retentissements du prurit sur son sommeil, son humeur et sa qualité de vie.

• Repérer les médicaments administrés pouvant provoquer un prurit : opioïdes (en particulier la morphine), inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (IECA), statines, traitements anti-tumoraux (se référer aux notices des produits), etc.

• Réaliser un examen clinique général associé à un examen attentif de la peau, à la recherche de la cause du prurit ; repérer les signes évoquant une affection cutanée spécifique (dermatite atopique, dermatite de contact, psoriasis, candidose, herpès, gale, etc.) et en cas de doute concernant l’étiologie de l’affection cutanée, envisager un avis dermatologique.

• Envisager une biologie sanguine (formule sanguine, éosinophilie, ferritine, urée, créatinine, CRP, ionogramme tests hépatiques, tests thyroïdiens, glycémie, etc) et par d’autres investigations s’il y a un bénéfice complémentaire pour le patient (p.ex. tests allergiques).

Boîte à outils

 Étiologies d’origine
systémique du prurit
   en soins palliatifs

Démarche thérapeutique

Principes de base

• Le prurit étant difficile à soulager en raison d’une réponse variable et imprévisible aux traitements, il est essentiel de définir des objectifs réalistes avec le patient, sa famille et l’équipe soignante.

• Axer si possible le traitement sur la cause identifiée (p. ex. éviction de l’allergène connu ou supposé et des produits responsables, prothèse biliaire en cas d’obstacle sur les voies biliaires, lorsque cela est envisageable, etc.)

• Revoir la médication pour exclure une cause médicamenteuse.

• Recourir à un traitement systémique si les soins locaux ne calment pas suffisamment le prurit.

Mesures non pharmacologiques

• Hydrater la peau en appliquant un émollient plusieurs fois par jour, notamment après le bain ou la douche, et aussi souvent que nécessaire.

• Garder les ongles courts et propres pour éviter les lésions de grattage et les surinfections.

• Éviter les bains chauds et prolongés. Préférer une eau tiède.

• Ajouter un émollient à l’eau du bain.

• Sécher la peau en tamponnant avec un linge doux, plutôt qu’en frottant.

• Privilégier des savons neutres, spécialement formulés pour les peaux sensibles.

• Porter des vêtements amples, de préférence en coton. Éviter les matières irritantes comme la laine.

• Maintenir un environnement frais et humidifier le lieu de vie.

• Limiter l’usage de la caféine, de l’alcool et des épices, en raison de leur effet histaminolibérateur et/ou vasodilatateur.

• Envisager le recours à des techniques de réduction du stress en cas d’anxiété.

• Envisager la photothérapie UVB en cas de prurit réfractaire, si l’état clinique du patient le permet.

Mesures pharmacologiques
AGENTS TOPIQUES

• Appliquer un émollient contenant du camphre ou du menthol pour procurer une sensation de fraicheur.

• Limiter l’usage d’antihistaminiques topiques en raison du risque de dermatite de contact.

• Si inflammation localisée non infectée, appliquer localement un corticostéroïde (de puissance faible à modérée).

• Si prurit localisé et très gênant, appliquer un patch de lidocaïne et évaluer le bénéfice après quelques jours.

Médicaments par voie systémique

• Envisager un antihistaminique sédatif au coucher (ex. hydroxyzine 25 mg po), particulièrement en cas d’insomnie liée à un prurit nocturne, afin d’éviter le grattage et d’améliorer le sommeil.

• Prescrire un médicament adapté au mécanisme physiopathologique sous-jacent.

 

Les guidelines fournissent des options thérapeutiques pour les étiologies systémiques les plus courantes. Cela dit, les études de bonne qualité méthodologique sont rares et il faudra souvent procéder à des essais thérapeutiques.

Prurit sur cholestase

Prurit intense, débutant souvent au niveau des extrémités et des points de pression, souvent majoré la nuit.

Concerne 20 à 25 % des patients ictériques et plus de 80 % des patients souffrant d’une cirrhose biliaire primitive.

En cas d’obstacle tumoral sur la voie biliaire principale, l’indication de mise en place d’une prothèse biliaire doit être évaluée. Cette intervention palliative peut apporter un bénéfice symptomatique important, si elle est réalisable, bien tolérée et cohérente avec les objectifs de soins.

Première ligne

Colestyramine : 4 g jusqu’à 4 x/jour po

        N.B. Prise orale difficile (volume de poudre, nausées, ballonnement, …)

Deuxième ligne

Rifampicine : 150 à 300 mg 2 x/jour po

Autres options

Sertraline : 50 à 100 mg/jour po

Naltrexone : 12,5 à 250mg 1x/jour po (risque de levée d’effet antalgique des opiacés à surveiller)

PRURIT LIÉ À L’URÉMIE

Concerne les patients atteints d’insuffisance rénale chronique, qu’ils soient dialysés ou non.

Prurit généralisé ou localisé (notamment au dos et aux avant-bras), pouvant être paroxystique ou continu.

La posologie des traitements proposés doit être adaptée à la clairance de la créatinine ou au schéma de dialyse.

Chez les patients dialysés, une concertation avec le néphrologue est recommandée.

Première ligne

Gabapentine : 100 mg/jour po. La posologie peut être augmentée progressivement jusqu’à 300 mg, en fonction de la réponse et de la tolérance.

ou

Prégabaline : 25 mg/jour po. La posologie peut être augmentée progressivement jusqu’à 75 mg, en fonction de la réponse et de la tolérance.

Autres options

Mirtazapine : 7,5 à 30 mg au coucher po

        Sertaline : 50 à 100 mg/j po

Prurit induit par un opioïde

Prurit généralisé

Concerne 1 % des patients prenant un morphinique par voie systémique et de 10 à 90 % des patients traités par voie péridurale ou intrathécale.

Première ligne

Hydroxyzine : 25 à 50 mg au coucher po

Deuxième ligne

Changer d’opioïde

Autres options

Ondansétron : 8 mg 2 x/jour po, sc ou iv

PRURIT SECONDAIRE À UN TROUBLE HÉMATOLOGIQUE

Prurit généralisé, souvent intense

Concerne 50 % des patients atteints d’une polyglobulie de Vaquez et 30 % des patients souffrant d’un lymphome de Hodgkin.

Le traitement de la pathologie hématologique sous-jacente peut contribuer à réduire le prurit.

Première ligne

Si lymphome : Méthylprednisolone : 8 à 16 mg 1 à 2 x/jour po ou iv

Si polyglobulie : contrôle de la maladie, acide acétylsalicylique 100 mg/j

Autres options

Mirtazapine : 7,5 à 30 mg au coucher po

Paroxétine : 5 à 20 mg/j po

Gabapentinoïdes :

Gabapentine : 300 mg/jour po au début, avec une augmentation progressive jusqu’à 3600 mg/jour en 3 prises.

Prégabaline : 75 mg/jour po au début, avec une augmentation progressive jusqu’à 600 mg/jour en 3 prises.

Prurit paranéoplasique sur tumeur solide

Prurit qui peut être localisé au niveau génital (cancer prostate et col), au niveau anal (cancer colon), au niveau nasal (tumeur cérébrale), etc.

Options

Sertraline : 50 à 100 mg /jour po

Paroxétine : 5 à 20 mg/jour po

Mirtazapine : 7,5 à 30 mg au coucher po

PRURIT D’ORIGINE ALLERGIQUE

Urticaire, dermatite atopique, dermatite de contact

Première ligne

Antihistaminique

Deuxième ligne

Corticoïdes

PRURIT NEUROPATHIQUE

Douleur post-zostérienne, sclérose en plaques, AVC, etc.

Première ligne

Gabapentine : débuter avec 100 à 300 mg/jour po. La posologie doit être titrée progressivement en fonction de l’intensité du symptôme et de la tolérance, jusqu’à 600 à 800 mg 3 x/jour po

ou

Prégabaline : débuter avec 25 à 75 mg/jour po. La posologie doit être titrée progressivement en fonction de l’intensité du symptôme et de la tolérance, jusqu’à maximum 300 mg 2 x/jour po

Deuxième ligne

Lidocaïne en patch (si le prurit est localisé)

Troisième ligne

Capsaïcine en application locale (si le prurit est localisé, en centre spécialisé)

PRURIT D’ORIGINE INCONNUE

Dans certains cas, une étiologie précise du prurit ne peut être retrouvée.

Première ligne

Hydroxyzine : 25 à 50 mg au coucher po

Autres options

Paroxétine : 5 à 20 mg/jour po

Mirtazapine : 7,5 à 30 mg au coucher po

Références

Littérature

 

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2025-05-26 : Réactualisation complète du domaine

 

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