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TOUX

Introduction

La toux est un symptôme fréquent chez les patients atteints d’une affection incurable, particulièrement lorsqu’ils souffrent d’un cancer, d’une bronchopneumopathie obstructive (BPCO) ou d’une pneumopathie interstitielle.

La toux est un mécanisme réflexe. Elle a un rôle protecteur et vise à expulser des voies respiratoires les sécrétions et les corps étrangers. Elle se déclenche lorsque des récepteurs situés au niveau des voies aériennes, de la plèvre, du péricarde, du diaphragme ou du médiastin sont activés par un stimulus chimique (p. ex. tabac, histamine, etc.) ou mécanique (p. ex. sécrétions, corps étrangers, etc.)

En soins palliatifs, l’étiologie d’une toux est variée et plusieurs facteurs peuvent coexister chez un même patient.

La toux altère la qualité de vie des patients et engendre un épuisement physique et psychique. Elle peut exacerber une dyspnée ou une douleur, provoquer des nausées et des vomissements, entraîner des céphalées, des myalgies, une incontinence urinaire, ou encore être à l’origine d’une insomnie.

Évaluation

L’objectif de l’évaluation est de/d’ :

− Déterminer si possible la ou les causes de la toux ainsi que les facteurs favorisants.

− Repérer s’il s’agit d’une toux sèche ou productive.

− Apprécier la capacité d’expectorer.

− Evaluer la détresse que le symptôme engendre.

Ces différents éléments permettent d’orienter le plan thérapeutique.

 

En pratique :

• Interroger le patient sur la nature de la toux (grasse, sèche), sur sa sévérité, son horaire (diurne, nocturne, postprandiale), sa chronicité (début et durée de la toux) et sur l’aspect des expectorations.

• Rechercher l’existence d’une affection sous-jacente (asthme, reflux gastro-œsophagien, etc.), les symptômes associés (dyspnée, dysphagie, hémoptysies, etc.) et les facteurs susceptibles de déclencher la toux (position, déglutition, repas, tabac, médicaments, etc.)

• Évaluer la gêne et les répercussions ressenties par le patient (douleur, insomnie, incontinence, etc.)

• Interroger le patient et son entourage sur les interprétations et les peurs associées au symptôme.

• Questionner le patient sur les médicaments qui ont déjà été pris, leur efficacité et leurs effets indésirables.

L’anamnèse, l’examen clinique et l’examen du dossier médical peuvent être complétés par des investigations complémentaires (RX thorax, analyse bactériologique des expectorations, biologie sanguine, CT scan thoracique, scintigraphie ventilation/perfusion, fibroscopie, EFR, etc.) afin de repérer les causes réversibles pour lesquelles un traitement étiologique est susceptible d’entraîner un bénéfice clinique, en accord avec le patient.

L’avis d’un logopède et d’un kinésithérapeute peut être aidant afin d’évaluer les troubles de déglutition et la capacité du patient d’expectorer efficacement.

Boîte à outils

 Étiologies courantes d'une toux en phase palliative

Démarche thérapeutique

Principes de base

• Recourir à un traitement étiologique (antibiotique, inhibiteur de la pompe à protons, ponction pleurale ou péricardique, traitement oncologique, corticoïdes, bronchodilatateurs, etc.) chaque fois que la situation le permet.

• Lorsque ce traitement est dépassé, échoue ou est refusé par le patient, passer à des mesures purement symptomatiques et adapter la démarche thérapeutique au type de toux et à la capacité que le patient a (ou non) d’expectorer.

• Informer et rassurer le patient et son entourage.

 

Toux productive efficace (patient capable d’expectorer)

Encourager la toux et faciliter l’expectoration :

• kinésithérapie (drainage postural, expiration forcée, toux assistée, etc.)

• fluidifiant et expectorant pour faciliter l’élimination des sécrétions

• puff ou aérosol de bronchodilatateurs si bronchospasme

• traitement antalgique si douleur, pour rendre la toux plus efficace

• antitussif au coucher si insomnie provoquée par la toux

 

Toux productive inefficace (patient épuisé, confus ou inconscient)

Supprimer la toux et assécher les sécrétions respiratoires :

• rechercher la position la plus confortable pour le patient

• arrêt des fluidifiants et expectorants

• antitussif

anticholinergique à visée asséchante, à utiliser en évaluant les avantages et les inconvénients

• aspiration trachéo-bronchique si utile

 

Toux sèche irritative

Supprimer la toux :

• mesures non pharmacologiques

• antitussif

• corticoïdes

Mesures non pharmacologiques

• Éviter l’exposition à des agents irritants (tabac, fumée, air froid, etc.)

• Humidifier l’air, aérosol de sérum physiologique.

• Rechercher une position confortable (souvent assise ou semi-assise).

• Proposer des boissons chaudes, des bonbons sucrés ou du miel pour adoucir la gorge.

• Utiliser des techniques respiratoires (kinésithérapie, respiration lèvres pincées, cough assist en cas de faiblesse musculaire, etc.)

Mesures pharmacologiques
Antitussifs

Plusieurs antitussifs peuvent être prescrits. Leur utilisation est empirique et le niveau de preuve concernant leur efficacité est limité, excepté pour la morphine.

Codéine (15 à 30 mg toutes les 6 à 8 h po) : supprime le réflexe de toux en agissant sur les récepteurs µ du tronc cérébral. Elle est fréquemment utilisée, mais son effet est imprévisible en raison du polymorphisme génétique de CYP2D6.

• Dihydrocodéine(10 à 20 mg toutes les 6 à 8 h po) : constitue une alternative à la codéine.

Morphine (2 à 5 mg toutes les 4 à 6 h po) : antitussif central puissant. Chez un patient sous morphine qui tousse, augmenter la dose de 25 à 50 %.

• Autres opioïdes puissants : peuvent être utilisés à une dose équianalgésique.

Gabapentinoïdes (gabapentine et prégabaline) : peut être utile chez les patients réfractaires aux opioïdes ou en cas de contre-indication à ces derniers.

Dextrométhorphane (10 à 20 mg toutes les 4 à 6 h per os) : antagoniste des récepteurs NMDA, mais avec peu d’évidence d’efficacité.

Levodropropizine : parfois utilisée.

Anesthésiques locaux en aérosol (bupivacaïne, lidocaïne) : réservés aux toux réfractaires et nécessitent un avis spécialisé.

CORTICOÏDES

L’utilisation de corticoïdes peut être utile pour calmer la toux d’une compression trachéo-bronchique, d’une lymphangite carcinomateuse pulmonaire, d’une fibrose, d’un bronchospasme, d’un syndrome cave supérieur, etc.

• Prescrire en dose d’attaque de la méthylprednisolone (16 à 125 mg/jour) ou de la dexaméthasone (4 à 16 mg/jour po ou sc).

• Évaluer l’efficacité après 7 jours, poursuivre le traitement à la posologie minimale efficace si l’effet est positif ou l’interrompre si le symptôme persiste.

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2025-05-22 : réactualisation complète du domaine

 

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