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Dépression

Introduction

La dépression se caractérise par une tristesse persistante ou par la perte durable de la capacité à éprouver de l’intérêt ou du plaisir pour les activités qui en procuraient auparavant. Son diagnostic est clinique et les classifications CIM-11 de l’OMS et DSM-5 la définissent par un ensemble de symptômes émotionnels, somatiques, cognitifs et comportementaux persistant plus de deux semaines, perturbant la vie personnelle et sociale du patient et induisant un état de détresse significatif (voir boîte à outils : Symptômes d’une dépression selon les classifications DSM-5 et CIM-11). Elle peut être qualifiée de légère, modérée ou sévère en fonction du nombre de symptômes présents, de leur intensité et de leur répercussion sur le fonctionnement du patient.

La dépression est beaucoup plus fréquente chez les patients atteints d’une maladie incurable et évolutive que dans la population générale, mais elle n’est pas toujours détectée, ni traitée. Il est souvent difficile de différencier une détresse émotionnelle adaptative liée à la fin de vie d’une pathologie psychiatrique.

Des facteurs comme la présence d’un antécédent personnel ou familial de dépression, d’un abus ou d’une dépendance à une substance (alcool, drogue, médicaments), d’un isolement social, du sentiment d’être une charge pour l’entourage, d’une perte importante d’autonomie, d’une atteinte sévère de l’intégrité corporelle, d’une douleur ou d’un autre symptôme mal contrôlé favoriseraient son apparition.

Les conséquences d’une dépression peuvent être sévères. Elle affecte la qualité de vie des malades, les empêche de faire face aux difficultés liées à l’évolution de leur affection et à la mort qui approche, nuit à leurs relations interpersonnelles, peut majorer les symptômes physiques, diminuer l’adhésion au traitement, altérer les capacités décisionnelles, conduire à un désir de mort anticipée et représente une source de souffrance supplémentaire pour les proches.

Évaluation

Critères diagnostiques

 

Le diagnostic de dépression est parfois difficile à poser en fin de vie, car la plupart des symptômes somatiques et cognitifs qui la caractérisent (fatigue, perte d’appétit et de poids, troubles du sommeil, problèmes de concentration, ralentissement psychomoteur ou agitation) peuvent se confondre avec ceux liés à l’affection incurable dont souffre le patient.

 

Dans ce contexte, il est conseillé de/d’ :

 

  • Dépister la dépression en utilisant un outil simple, comme le Patient Health Questionnaire-2 (PHQ-2) :

 

Au cours des deux dernières semaines :

– Vous êtes-vous senti triste, déprimé ou désespéré ?

– Avez-vous éprouvé peu d’intérêt ou de plaisir à faire les choses ?

Une réponse positive à l’une ou l’autre des questions incite à approfondir l’évaluation.

 

  • Accorder une attention particulière aux symptômes émotionnels des classifications CIM-11 et DSM-5. Les symptômes suivants sont les plus évocateurs d’une dépression en soins palliatifs :

 

Humeur dépressive (tristesse, sentiment de désespoir)
Anhédonie (perte d’intérêt, incapacité à éprouver du plaisir)
Dévalorisation, diminution de l’estime et de la confiance en soi
Sentiment de culpabilité excessive et d’échec
Sentiment d’inutilité, d’être une charge pour autrui
Ruminations de pensées négatives, des échecs et des frustrations
Pessimisme, incapacité de se projeter dans le futur
Perte de sens, sentiment de vide
Indifférence affective, retrait social
Désir récurrent de mort, pensées suicidaires

 

  • Utiliser éventuellement d’autres outils validés, comme le BEDS (Brief Edinburgh Depression Scale) ou l’échelle de dépression gériatrique à 15 items (GDS-15) (voir boîte à outils).

 

  • Tenir compte des symptômes physiques si leur apparition ou leur aggravation ne s’explique pas par l’évolution de la maladie incurable.

 

Diagnostic différentiel

 

Il est conseillé de distinguer la dépression d’une tristesse passagère et :

 

  • D’un trouble de l’adaptation avec humeur dépressive.

 

État de détresse psychologique survenant dans les 3 mois suivant un événement stressant, se présentant sous la forme de symptômes émotionnels et comportementaux.

 

  • D’un syndrome de démoralisation.

 

État de détresse existentielle au cours duquel le patient éprouve, face à une situation stressante, un sentiment d’impuissance, d’être pris au piège, d’incompétence, d’inutilité, de désespoir, de perte de but et de sens dans la vie.

 

Ces entités entraînent de la souffrance et peuvent annoncer ou chevaucher un syndrome dépressif, mais elles n’y sont pas nécessairement liées.

 

Risque suicidaire

 

Les patients avec des maladies avancées souffrant de dépression sont à haut risque de suicide et de pensée suicidaire. Contrairement aux idées reçues, interroger une personne déprimée sur ses idées suicidaires n’aggrave pas le risque.

Il est donc possible d’aborder ce thème avec le patient le plus ouvertement possible, de l’interroger sur ses pensées de mort et de l’adresser, si nécessaire, à un médecin spécialiste.

 

Boîte à outils

Symptômes d’une dépression selon les classifications DSM-5 et CIM-11 BEDS (Brief Edinburgh Depression Scale) Échelle de dépression gériatrique à 15 items (GDS-15) Thérapie de la Dignité (PTD)

Démarche thérapeutique

Principes de base

Pour traiter une dépression chez un patient en situation palliative, il est recommandé de/d’ :

 

  • Privilégier une approche personnalisée en tenant compte du pronostic vital du patient, des caractéristiques de sa dépression, des autres symptômes présents, des comorbidités, de la fonction hépatique et rénale et des interactions avec le reste de la médication.

 

  • Rechercher et traiter les facteurs favorisants réversibles (ex. hypothyroïdie, hypercalcémie, hypoglycémie, prise de corticoïdes).

 

  • Veiller au bon contrôle des symptômes physiques, en particulier de la douleur.

 

  • Associer les mesures pharmacologiques et non pharmacologiques.

 

  • Entamer un traitement test chez un patient dont le diagnostic de dépression n’est pas formel, mais qui présente des signes de souffrance psychologique importante.

 

  • Tenir compte du délai d’action des médicaments.

 

  • Informer et soutenir les proches afin de les aider à accompagner le plus adéquatement possible le patient et de réduire les tensions liées à une incompréhension du vécu du malade.

 

  • Réévaluer très régulièrement l’effet de la thérapie.

 

  • Demander un avis psychiatrique dans les situations complexes ou réfractaires.

 

Mesures non pharmacologiques

 

  • Associer la prise médicamenteuse à une psychothérapie de soutien (écoute active, réassurance, réconfort par suggestions visant des objectifs concrets) en veillant à :

 

– Maintenir le sentiment de contrôle du patient.

– Faciliter la recherche de sens et de but.

– Préserver l’espoir (ex. vivre le plus longtemps possible, être confortable, conserver sa dignité).

– Soutenir la communication et les liens avec les proches.

 

  • Penser aux thérapies alternatives si elles sont disponibles et que le pronostic vital et l’état du patient permettent de les appliquer (ex. pleine conscience, yoga, relaxation, musicothérapie, art-thérapie).

 

  • En cas de souffrance existentielle, un accompagnement par toute l’équipe interdisciplinaire est essentiel. Entrer en relation authentique avec le patient et cheminer avec lui en le questionnant sur sa vie peut l’aider (cf. thérapie de la dignité – voir boîte à outils).

 

  • Faire appel à un soutien psychologique émanant des équipes spécialisées en soins palliatifs.

 

Mesures pharmacologiques

 

  • Privilégier une monothérapie :

 

– Donner la préférence aux inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) pour leur efficacité et leur meilleure tolérance.

– Choisir la mirtazapine en cas d’insomnie, d’inappétence, d’intolérance ou d’échec d’un ISRS (après 2 à 4 semaines de traitement).

– Penser aux inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (ISRN) en cas de douleur neuropathique.

– Envisager l’administration d’un psychostimulant lorsque l’espérance de vie ne dépasse pas un mois.

 

  • Débuter l’antidépresseur à faibles doses, en particulier chez la personne âgée ou fragile.

 

  • Titrer prudemment, par palier, jusqu’à la dose minimale efficace et sans dépasser la dose maximale.

 

  • En cas d’anxiété, d’excitation ou d’insomnie, associer un anxiolytique à l’antidépresseur durant 1 à 2 semaines.

 

  • Tenir compte du risque rare de syndrome sérotoninergique (agitation, sudation profuse, myoclonie, tremblements, hyperréflexie, fièvre) lorsqu’un ISRS et un ISRN sont administrés avec un autre agent sérotoninergique (ex. tramadol, autre antidépresseur, triptans).

 

  • À l’arrêt de l’antidépresseur, anticiper un syndrome de sevrage (frissons, myalgie, insomnie, nausées, vertiges, anxiété, agitation) en particulier avec des molécules comme la venlafaxine ou la paroxétine et si le traitement a débuté il y a plus de 2 mois.

 

  • Réserver les autres molécules, comme les antidépresseurs tricycliques (ex. amitriptyline), les neuroleptiques (ex. olanzapine) ou les psychédéliques (ex. kétamine, psilocybine) aux situations réfractaires.

 

Posologie Particularités
 

Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS)

Délai d’action : à partir de 2 à 4 sem.

 

Escitalopram

 

Dose initiale : 5 à 10 mg le matin

Palier d’augmentation : 5 à 10 mg ttes sem.

Dose moyenne : 10 à 20 mg le matin

Dose maximale : 30 mg le matin

 

1er choix, efficace et bien toléré

Utile en cas d’ins. hépatique

Risque hémorragique et SIADH

Risque d’allongement du QT

Sertraline  

Dose initiale : 25 à 50 mg le matin

Palier d’augmentation : 25 à 50 mg ttes sem.

Dose moyenne : 100 à 150 mg le matin

Dose maximale : 200 mg le matin

 

Utile en cas de prurit biliaire

Utile en cas d’ins. rénale

Peu de risque cardiaque

Diarrhées plus fréquentes

Risque hémorragique et SIADH

Paroxétine  

Dose initiale : 10 à 20 mg le soir

Palier d’augmentation : 10 à 20 mg ttes sem.

Dose moyenne : 20 à 40 mg le soir

Dose maximale : 50 mg le soir

 

Utile en cas de prurit, de toux réfractaire et de bouffées de chaleur

Nausées et somnolence plus marquée

Risque d’un sevrage dans les 24 à 48 h

Risque hémorragique et SIADH

 

 

Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (ISRN)

Délai d’action : à partir de 2 à 4 sem.

 

Venlafaxine  

Dose initiale : 37,5 à 75 mg / jour

Palier d’augmentation : 37,5 mg ttes sem.

Dose moyenne : 75 à 150 mg en 1 à 2 prises

Dose maximale : 300 mg en 2 prises

 

 

Utile en cas de douleur neuropathique

Moins bien toléré qu’un ISRS

Risque d’un sevrage dans les 24 à 48 h

Éviter si ins. rénale ou hépatique

Éviter si HTA labile (si > 150 mg/j)

Risque d’allongement du QT

 

Duloxétine  

Dose initiale : 30 mg / jour

Palier d’augmentation : 30 mg ttes sem.

Dose moyenne : 30 à 60 mg / jour

Dose maximale : 120 mg / jour

 

 

Utile en cas de douleur neuropathique

Moins bien toléré qu’un ISRS

et que la venlafaxine

Éviter si ins. rénale ou hépatique

 

 

La mirtazapine

Délai d’action : à partir de 2 à 4 sem.

 

Mirtazapine

 

Dose initiale : 15 mg le soir

Palier d’augmentation : 15 mg ttes sem.

Dose moyenne : 15 à 45 mg le soir

Dose maximale : 60 mg le soir

 

 

Utile en cas d’insomnie et d’inappétence

Utile en cas d’ins. hépatique

Bien toléré sur le plan gastro-intestinal

Éviter en cas d’ins. rénale

Risque d’allongement du QT

 

 

Les psychostimulants

Délai d’action : 48 à 72 h.

 

Méthylphénidate  

Dose initiale : 2,5 à 5 mg à 8 h et 14 h

Palier d’augmentation : 2,5 à 5 mg par 48-72 h

Dose moyenne : 5 à 10 mg à 8 h et 14 h

Dose maximale : 30 mg en 2 prises

 

 

Utile en cas d’inappétence et de sédation liée aux opioïdes

Prudence chez le patient âgé

Risque d’insomnie et d’agitation

Éviter en cas de pathologie cardiaque ou psychiatrique délirante

 

Références

Références
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